Test – Beyond Eyes

Test – Beyond Eyes

Paru le 4 août 2015 sur PC et Xbox One (et l’année suivante sur PlayStation 4), Beyond Eyes et un jeu d’aventure développé par Tiger & Squid et édité par Team17. Dans celui-ci, le joueur guide une jeune fille malvoyante, révélant le monde a travers le toucher, l’odorat et l’ouïe. Une bonne idée sur le papier, mais appliquée avec trop peu d’efficacité. Si vous hésitiez à vous le procurer, mieux vaut éviter. On vous explique pourquoi.

Broyer du noir dans un océan de blanc

Dans Beyond Eyes, le joueur incarne une petite fille malvoyante, un archétype de personnage très éloigné de ce à quoi le public est habitué. Sans surprise, le gameplay s’en retrouve fortement impacté, le handicap de la jeune fille étant désormais celui du joueur. Il l’oblige à marcher à tâtons, lui laissant le temps de prendre ses marques dans la gigantesque pièce blanche qui sert d’accueil. Une pièce où se dessine une maison de campagne au fil de nos pas. Le jeu dévoile dévoile toute sa beauté à force d’avancées. Les murs, les arbres ou encore la route apparaissent progressivement comme si l’on peignait une aquarelle ; une toile vivante qui invite à la découverte et simule la défiance visuelle de la plus belle des manières. Très intelligent, le game design oblige le joueur à frôler les structures pour se situer dans l’espace, comme pourrait le faire un malvoyant.

En dehors de ça, il n’y a malheureusement pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n’est quelques énigmes faiblardes disséminées à droite et à gauche. Si certains simulateurs de marche arrivent à renouveler l’expérience du joueur, que ce soit à travers ses décors ou sa narration, Beyond Eyes se montre rapidement lourd, ennuyeux, voire carrément soporifique. Malgré son aspect calme, presque bienveillant, Beyond Eyes aura tôt fait de frustrer celui qui le parcourt. En choisissant de s’égarer volontairement, désireux d’explorer ce qui l’entoure à la recherche d’une ou deux surprises, le joueur accepte également de réaliser un aller-retour mou du bulbe, la vitesse de marche se révélant terriblement lente. Ne pas avoir la possibilité de courir, c’est évidemment logique pour un titre aussi contemplatif que celui-ci. Le problème, c’est que ce manque de possibilité dissuadera le joueur de s’écarter du tracé défini par les développeurs.

Le mauvais œil

Le jeu souffre aussi – et surtout – de son level design, trop linéaire et parfois redondant. Entre des redites du côté des décors et des mouvements poussifs, difficile de maintenir un quelconque intérêt ; le chapitre du port et sa tempête viendra même à bout des plus patients. Imaginez plutôt : sous couvert que ladite tempête perturbe la perception du joueur, le personnage n’enregistre pas l’environnement, effaçant donc tout ce qu’il découvre dans cette portion du jeu. Le joueur doit alors avancer à l’aveuglette, la vraie, dans l’espoir de trouver miraculeusement la sortie. Beyond Eyes tente d’apporter un minimum de dynamisme en proposant l’utilisation d’un bouton en plus du stick pour se déplacer, lequel permet de réaliser des actions anecdotiques et affublées d’animations pataudes. Fort heureusement, le gameplay calamiteux est majoritairement rattrapé par une direction artistique à couper le souffle. Quand bien même tout l’aspect technique est peu ambitieux, le rendu visuel tout en aquarelle éblouira les mirettes des amoureux d’une jolie direction artistique.

Sans être exceptionnels, quelques passages sauront charmer le joueur, à l’image des petits sentiers forestiers, de la maison de l’héroïne ou encore des villages traversés ici et là. Même sans y porter un regard plein de tendresse, le résultat final est de toute beauté. Quelle dommage que la direction artistique, aussi magnifique soit-elle, puisse être gâchée par un gameplay ronflant et une histoire aussi peu intéressante. Pour la faire courte, notre héroïne se met en quête de retrouver son ami félin, parti de lui-même. La fin est malheureusement cousue de fil blanc, et même si la morale sauve de peu le scénario du naufrage, il y a de quoi être déçu. Grosse déception également du côté du sound design, proposant des pistes musicales bien trop rares et des bruitages qui font vraiment tache, à l’image des nombreux miaulements.

Tu me vois, tu m’vois plus…

L’immersion ne fonctionne pas, et cette jeune fillette pour qui on aurait aimé se prendre d’affection, finit par nous insupporter tant son monde est ennuyant. Avec un univers et un thème qui laissaient présager de belles touches d’onirisme et de poésie, Beyond Eyes semblait être une aventure marquante, à la limite de l’inoubliable. Il faudra malheureusement se contenter d’une simple balade aux événements anecdotiques, un voyage initiatique qui ne laissera aucun souvenir impérissable. Même en se montrant aussi court, le clap de fin est un véritable soulagement. Il vous faudra en effet un peu plus d’une heure en ligne droite, voire deux si le joueur se montre curieux. Même en prenant en compte sa dimension sociale et son désir de proposer une expérience différente de ce à quoi le joueur est habitué, impossible de ne pas trouver le jeu incroyablement creux, scandaleusement mou et véritablement long.

Conclusion

Au delà de son aspect visuel, véritable régal pour les yeux, il n’y a pas grand chose à dire sur Beyond Eyes. Simulateur de marche très lent, il pousse rapidement à l’ennui malgré une thématique rare et bienvenue. Incarner une fillette malvoyante avait de quoi susciter l’envie de découvrir le jeu, mais l’histoire banale, le sound design raté et le rythme mollasson auront auront raison de la patience du joueur. Malgré les qualités indéniables de sa direction artistique, l’intérêt même de Beyond Eyes est quasi nul. Au mieux, il servira à tuer le temps sans pour autant marquer les esprits. Au pire, il frustrera au point de ne pas terminer l’aventure, la faute d’un gameplay inexistant et surtout trop barbant, même pour un simulateur de marche. À éviter. 4 sur 10.

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