Test – Goodnight Universe

Développé par Nice Dream et édité par Skybound Games, Goodnight Universe est un jeu d’aventure paru sur consoles Nintendo Switch, Xbox Series, PlayStation 5 et PC. Publié respectivement le 11 novembre et le 22 décembre dernier sur le Nintendo eShop de la Nintendo Switch 2 et de la Nintendo Switch, on y suit les péripéties surnaturelles d’une petite famille américaine et de leur nouveau-né, Isaac. L’œuvre, disponible contre un peu moins de vingt euros, peut se découvrir à l’aide d’une webcam. Avec Goodnight Universe, les développeurs derrière Before Your Eyes poursuivent leur travail sur des titres à la narration forte et au gameplay immersif. Un pari réussi pour le studio indépendant de Los Angeles, mais qui peine à se démarquer de leur précédente création et est encore sujette à amélioration.
L’âge de l’inno-sens
Vous voilà dans la peau d’Isaac, un tout jeune nourrisson à la destinée prodigieuse, pourtant issu d’une famille tout ce qu’il y a de plus commun. Vous ne prononcez pas encore un traitre mot de votre langue maternelle, mais vous comprenez pourtant tout de ce que racontent votre père, votre mère et votre sœur. Vous ne savez pas marcher, ni même ramper sans difficulté, mais vous voilà capable de projeter vos jouets à la seule aide de votre pensée. Et en dépit de votre courte existence, vous êtes dotés de la capacité de lire la conscience de celles et ceux qui vous entourent. Plus étrange encore, vous semblez posséder des souvenirs antérieurs à votre naissance. Grand-père est mort peu après votre rencontre, mais une chose est sure, votre échange a bouleversé le cours de votre vie. Isaac est un bébé télépathe aux talents surhumains, et c’est à travers ses yeux que les joueurs découvriront l’étendue de ses pouvoirs, les amenant à les maîtriser et en user pour le bien de sa famille.

Dès les premières minutes de jeu, on s’avoue tout de suite immergé dans cet univers étrange et mystérieux, aux frontières du paranormal. En partie grâce aux qualités d’Isaac bien sûr, mais aussi et surtout via les interactions entre les membres de la petite tribu. Des échanges parfois frustrants, puisque dans la peau d’un nouveau né il nous est impossible de communiquer pleinement avec sa famille, mais toujours écrits avec une certaine justesse ; des parents débordés, une sœur dont l’identité doit encore s’affirmer, un foyer à la fois chaotique et chaleureux, difficile de ne pas s’attacher à tout ce beau monde. Au cours des quatre heures requises pour voir défiler les crédits de fin, il y a bien quelques dialogues et traits de caractères un peu forcés, presque hollywoodiens, mais rien qui ne sorte réellement le joueur du récit global, pas même les références assumées à « E.T., l’extra-terrestre » (Steven Spielberg).

Baby Boum
Il est vrai que le final peut-être un peu longuet, avec ses nombreuses épreuves qui peinent à se renouveler, la faute d’un gameplay somme toute sommaire. En déplaçant le stick d’un côté à l’autre, on envoie valdinguer un objet, mais on peut aussi maintenir une gâchette pour exploser des machines, nettoyer et ranger la vaisselle, ou encore écouter les pensées d’une personne à distance. Les situations sont nombreuses, mais leur résolution peu variées. Sur consoles de salon et Nintendo Switch, le titre a la particularité de ne pas bénéficier de l’apport majeur et unique de la webcam, contrairement au PC. Sur Nintendo Switch 2 en revanche, il faut encore attendre une mise à jour future capable de rendre l’accessoire compatible avec Goodnight Universe. Un périphérique qui, s’il est activé, modifie la manière d’interagir avec le jeu : en tournant la tête, on remplace le coup de stick, et en fermant les yeux, le maintient de la gâchette. L’immersion devient alors totale.

Malheureusement, comme dit plus haut, nous n’avons pas pu nous essayer à cette fonctionnalité, toujours non disponible sur Nintendo Switch 2 (et qui ne le sera jamais sur sa grande sœur) ; impossible pour nous de juger la qualité de la reconnaissance faciale, donc. Toutefois, dans l’attente de cette fameuse mise à jour compatible, il est bon de noter qu’une telle manière de jouer implique une écoute attentive de l’intrigue, particulièrement verbeuse. Malheureusement, le public non bilingue éprouvera de grosses difficulté, voire l’impossibilité, de comprendre ce qu’il se trame lors de scènes demandant de fermer les yeux. Pour cause, à défaut d’être sous-titré en plusieurs langues (dont le français), Goodnight Universe est uniquement doublé en anglais ! Dommage, quand on sait à quel point le titre se repose particulièrement sur cette mécanique de jeu. L’œuvre de Nice Dream est entièrement jouable avec ou sans webcam ; dans ce dernier cas de figure, lorsque le joueur « ferme les yeux » à l’aide de sa manette, l’écran devient juste noir.

Bébé ! GROS bébé ! Bébé Cadum, même !
Les joueurs de Before Your Eyes ne seront pas étonnés par cette idée de game design, déjà présente dans le titre de GoodbyeWorld Games. Aussi, ils ne seront pas surpris non plus par la direction artistique de Goodnight Universe, certes léchée, mais déjà expérimentée dans le précédent jeu des développeurs Los Angeliens. Des visuels doux, quoiqu’un peu classiques, qui riment avec une bande sonore discrète et reposante. Alors oui, l’ensemble dégueule parfois un peu trop de bons sentiments, mais le tout reste suffisamment plaisant pour lui pardonner sa naïveté confondante. Davantage pensé pour le mode téléviseur (plus encore quand la webcam sera compatible avec le jeu), Goodnight Universe peut tout aussi bien se parcourir en mode portable. Dans un mode de configuration comme dans l’autre, nous n’avons jamais noté de problème technique, de la petite chute de framerate à l’erreur fatale du software, ni même de véritable différence visuelle.

Conclusion
Goodnight Universe est une œuvre qui, si elle ne le délaisse pas complètement, préfère mettre en retrait son gameplay pour mettre en avant sa narration. Techniquement impeccable et plutôt joli dans l’ensemble, à défaut de réellement soulever les foules quant à sa direction artistique, le premier titre de Nice Dream réussit à parfaitement immerger le joueur dans son univers, ce qui était probablement sa mission première. Plutôt bien écrit, doté de personnages attachants et relativement crédibles, on aurait aimé pouvoir tester l’intégration et l’utilisation de la webcam, absolument complémentaire à l’expérience proposée (à condition de comprendre l’anglais, seule langue disponible pour les doublages). Il faut dire que la création même du jeu reposait sur cette feature peu commune, à défaut d’être vraiment innovante. Bénéficiant de l’expérience engrangée avec Before Your Eyes, le studio propose ici une œuvre plus aboutie encore. Seul le prix demandé pourra refreiner les curieux, la durée de vie et la rejouabilité étant forcément minimes pour un titre avant tout basé sur la découverte, plus encore lorsqu’elle est sensorielle. Honnête et plaisant, Goodnight Universe brille par son intrigue fantaisiste et son héros peu commun, lesquels ne manqueront pas de marquer les amateurs d’aventures narratives et cozy. 6 sur 10.
