
Huit ans après un premier épisode qui avait su séduire les amateurs de jeux d’action à l’ancienne, Aggelos revient botter les fesses des joueurs avec une suite qui ne manque pas d’ambition. Exit une bonne partie des références visuelles aux jeux 8 bits, cette fois ci, Wonderboy Bobi nous propose une aventure aux couleurs de l’ère 16 bits avec des graphismes qui sentent bon la Mega Drive et la Super Nintendo. Autant dire que les vieux briscards risquent de verser une petite larme de nostalgie ! Attention tout de même, car derrière cette jolie robe rétro se cache une aventure qui compte bien mettre les joueurs à rude épreuve. Le royaume de Lumen est menacé par les forces des ténèbres et les dieux de la lumière sont en mauvaise posture. C’est donc au héros, un Aggelos, autrement dit un ange de haut rang, qu’incombe la lourde tâche de remettre de l’ordre dans tout ce bazar. Et comme si le programme n’était pas suffisamment chargé, notre héros dispose de deux formes bien distinctes, une à l’aspect angélique et l’autre plus démoniaque. Deux façons de combattre, deux approches du danger et surtout un système de jeu qui apporte une vraie différence par rapport au premier épisode. Alors, cette suite mérite-t-elle de voler au plus près du soleil ou finira-t-elle par se cramer les ailes ?
Le divin comédien
Premier constat, Aggelos 2 a plutôt fière allure ! Les développeurs ont opté pour une esthétique 16 bits colorée, avec des décors variés, des personnages bien dessinés et des ennemis qui donnent envie de sortir son épée avant même de connaître leur prénom. L’ensemble évoque immédiatement les grandes heures des jeux d’action-aventure de l’époque, comme certains épisodes de Wonder Boy, mais aussi des productions qui mélangeaient habilement exploration, platforming et combats exigeants. Bref, on est en terrain connu, mais certainement pas en terrain conquis ! Les environnements se renouvellent suffisamment pour maintenir l’intérêt et les animations efficaces apportent du dynamisme aux affrontements. Le résultat est agréable à l’œil, sans chercher à en mettre plein la vue avec des effets tape-à-l’œil inutiles. Ici, ce sont les pixels qui font le spectacle ! Sur Nintendo Switch 2, le jeu profite de la rétrocompatibilité avec la version Switch. Il ne s’agit donc pas d’une édition spécifiquement développée pour la nouvelle console, mais rien qui n’empêche le titre de tourner dans de bonnes conditions, signe d’une production certes modeste mais bénéficiant d’une réalisation fluide, aussi bien sur téléviseur qu’en mode portable. On regrettera toutefois quelques éléments de décor qui manquent parfois de lisibilité, peinant à différencier certaines plateformes du paysage. Rien de dramatique, mais dans un jeu où la précision est essentielle, ce genre de détail peut faire la différence entre une progression maîtrisée et une chute particulièrement ridicule.

C’est évidemment dans son gameplay qu’Aggelos 2 doit faire ses preuves auprès des fans du premier jeu. Et sur ce point, le titre ne manque pas d’idées. Notre héros peut alterner entre deux formes, l’ange et le démon. La première privilégie une approche plus mesurée, avec des attaques précises et une meilleure portée. La seconde se montre plus agressive et rapide, permettant d’enchaîner les assauts et de traverser certaines zones avec davantage d’aisance. Cette dualité ne sert pas uniquement aux nombreux combats, puisqu’elle intervient également dans les énigmes et l’exploration. Certains obstacles réclament une capacité particulière, tandis qu’une partie des adversaires obligeront les joueurs à adapter leur stratégie. Il faut donc apprendre à jongler entre les deux formes au bon moment, ce qui peut nécessiter un niveau d’adresse pour pleinement modifier ces transformations. Les affrontements contre les boss constituent les meilleurs moments de cette mécanique, puisqu’il ne suffit pas de marteler le bouton d’attaque en espérant que la barre de vie adverse fonde comme neige au soleil. En effet, il faudra aussi observer les mouvements de l’ennemi, trouver des ouvertures et utiliser intelligemment ses capacités. Attention toutefois : les deux formes ne sont pas parfaitement équilibrées dans toutes les situations. La forme angélique peut se révéler plus efficace grâce à la portée de ses attaques, tandis que la forme démoniaque demande davantage de prudence, notamment lorsque ses capacités spéciales consomment des ressources précieuses.

Ombre et lumière
On se retrouve parfois à privilégier une seule approche alors que le jeu nous encourage justement à varier les plaisirs. Malgré cette réserve, les sensations manette en main restent convaincantes. Les commandes répondent bien, les combats sont dynamiques et l’on ressent une réelle satisfaction lorsque l’on vient enfin à bout d’un adversaire particulièrement coriace. Et ça, mes petits amis, ça vaut bien quelques plumes supplémentaires ! L’autre grande nouveauté d’Aggelos 2, c’est son univers composé de deux royaumes parallèles : ceux de la lumière et des ténèbres. Ces deux mondes possèdent leurs propres particularités, leurs ennemis, leurs secrets et leurs défis. L’exploration occupe donc une place centrale dans l’aventure, avec une structure de type Metroidvania qui encourage à revenir sur ses pas lorsque de nouvelles capacités sont acquises. Vous connaissez la chanson : un passage inaccessible au début, une compétence récupérée quelques heures plus tard, puis ce fameux retour dans une zone déjà visitée qui permet enfin de découvrir ce qui se cachait derrière cette porte mystérieuse. C’est simple, efficace et toujours aussi satisfaisant lorsqu’on aime fouiller les moindres recoins. La progression repose également sur la récupération d’orbes, l’amélioration de ses caractéristiques et le déblocage de nouvelles techniques. Vol, déplacements muraux, esquives et attaques spéciales viennent progressivement enrichir les possibilités du héros.

Avec ses nombreuses zones à découvrir, ses secrets et sa dizaine de boss, le jeu a de quoi occuper les amateurs d’exploration pendant un bon moment. Il ne faut cependant pas s’attendre à être constamment pris par la main, certaines cartes restant assez sommaires et la progression demandant parfois de comprendre soi-même où se trouve la prochaine étape. Les joueurs qui apprécient les aventures où l’on découvre les choses par l’expérimentation seront aux anges (sans mauvais jeu de mots). Les autres risquent de tourner un peu en rond avant de retrouver leur chemin ! Si Aggelos 2 reprend les codes des jeux rétro, il en récupère aussi une certaine exigence. Les ennemis peuvent rapidement mettre le joueur en difficulté s’il fonce tête baissée, et les boss réclament une bonne connaissance des mécaniques de combat. La difficulté fait partie intégrante de l’expérience. Apprendre les attaques adverses, maîtriser les déplacements et comprendre quand utiliser chacune de ses formes devient indispensable pour progresser. Les victoires ont ainsi une vraie saveur, car elles récompensent les efforts du joueur. En revanche, certains passages peuvent se montrer frustrants, notamment lorsque les soins et les ressources sont limités. La gestion de ces dernières demande une attention constante, et une mauvaise décision peut compliquer sérieusement la suite d’un affrontement. Le jeu aurait parfois gagné à mieux doser ses mécaniques afin d’éviter que certaines situations ne reposent trop sur l’apprentissage par l’échec.

L’Aggelostalgie
Impossible de parler d’un jeu à l’esthétique 16 bits sans évoquer son ambiance sonore ! Aggelos 2 accompagne son aventure de sonorités qui s’accordent avec son univers coloré et ses affrontements nerveux. L’ensemble participe à cette impression de retrouver une production issue d’une époque où l’on pouvait passer tout un après-midi sur une aventure en deux dimensions sans voir le temps passer. Pas besoin de cinématiques interminables ou de dialogues à rallonge, l’essentiel est ailleurs. Le scénario reste relativement discret et laisse surtout la place à l’exploration et à l’action. Ceux qui recherchent une histoire particulièrement développée resteront donc peut-être sur leur faim, mais après tout, quand on a un royaume à sauver et une armée de créatures hostiles à affronter, on n’a pas forcément le temps de discuter pendant trois heures autour d’une tasse de thé ! Petit bémol supplémentaire : la traduction française souffre de certaines formulations et fautes qui mériteraient une bonne relecture. C’est dommage, car une localisation plus soignée rend toujours une aventure plus agréable.

Avec son format en deux dimensions et ses graphismes inspirés des années 1990, Aggelos 2 semble tout naturellement à sa place sur une console Nintendo. En mode portable, le titre se prête parfaitement aux petites sessions d’exploration comme aux longues parties destinées à dénicher le moindre secret. Sur Nintendo Switch 2, on retrouve cette même formule grâce à la rétrocompatibilité. Il ne faut toutefois pas s’attendre à des fonctionnalités inédites ou à une refonte technique spécifique à la console. Le jeu reste avant tout une production pensée pour la génération Switch. Cela dit, est-ce vraiment un problème ? Pas nécessairement. Lorsqu’un jeu repose sur des commandes précises, une progression bien construite et une direction artistique réussie, il n’a pas besoin de sortir les gros muscles techniques pour nous convaincre. Aggelos 2 n’est certes pas une vitrine technologique, mais il possède ce charme particulier des jeux qui misent avant tout sur le plaisir de jouer.

Conclusion
Avec Aggelos 2, Wonderboy Bobi reprend les bases du premier épisode et enrichit sa formule avec une aventure plus ambitieuse, une esthétique 16 bits séduisante et un système de combat qui repose sur l’alternance entre deux formes. Le résultat est globalement réussi : l’exploration se montre gratifiante, les affrontements contre les boss donnent du fil à retordre et les nouvelles capacités renouvellent régulièrement les possibilités du joueur. On regrettera néanmoins un équilibre parfois discutable entre les deux formes, quelques problèmes de lisibilité et une traduction française qui méritait davantage de soin. Sur Nintendo Switch 2, la rétrocompatibilité permet de profiter de cette aventure dans de bonnes conditions. Au final, Aggelos 2 s’adresse avant tout aux amoureux des jeux d’action-aventure à l’ancienne, à ceux qui aiment explorer, progresser et se frotter à des boss capables de leur faire regretter leurs choix de vie. Si vous avez un faible pour les productions rétro qui privilégient le gameplay au spectacle, vous devriez y trouver votre bonheur. Une suite solide, qui ne révolutionne pas le genre, mais qui sait parfaitement comment nous faire replonger dans le monde merveilleux des jeux d’alors. Et franchement, ça fait du bien ! 7 sur 10.


