
Lors du reveal de la Nintendo Switch 2, le retour de certaines franchises du constructeur nippon semblait déjà acté pour la première année de vie de la console. On pense notamment à Mario Kart, laquelle deviendra même le titre de lancement avec son nouvel épisode « World », mais aussi Super Mario. Et là, patatras ! Le plombier troque sa place pour son plus ancien rival, le puissant Donkey Kong. De retour dans une aventure en 3D, la première en plus de vingt-cinq ans, la véritable surprise réside dans l’équipe qui s’est chargée de le développer. En effet, aux fourneaux, on retrouve une partie des artisans ayant œuvré sur Super Mario Odyssey. Disponible à l’achat depuis le 17 juillet 2025 (presque un an, déjà !), Donkey Kong Bananza met un peu de côté la plateforme pour un gameplay bien plus explosif, lequel fait la part belle à la créativité et à la destruction du terrain. Le résultat ? Une claque !
Smash or pass
L’histoire débute sur l’île Lingot, où la découverte de mystérieuses bananes dorées attire évidemment l’attention de Donkey Kong. Après un événement inattendu, notre héros se retrouve propulsé dans les profondeurs de la planète et fait la rencontre de Pauline, qui l’accompagnera durant toute son aventure. Le scénario reste relativement léger, comme souvent chez Nintendo, mais possède suffisamment de charme pour maintenir l’intérêt du joueur jusqu’au bout de l’aventure. Les dialogues sont régulièrement amusants, les personnages secondaires attachants, et la relation qui se construit entre DK et Pauline apporte une fraîcheur bienvenue à l’ensemble. L’univers souterrain impressionne surtout par sa diversité, puisque chaque strate visitée propose sa propre identité visuelle, ses habitants, ses défis et ses secrets. Entre lagons luxuriants, canyons gigantesques, cavernes cristallines et régions glacées, l’exploration ne cesse jamais de se renouveler.

Visuellement, Donkey Kong Bananza figure parmi les titres les plus impressionnants disponibles sur Switch 2. Le moteur graphique gère une quantité phénoménale de débris, d’effets de particules et d’éléments destructibles à l’écran. Les animations de Donkey Kong sont particulièrement réussies et renforcent constamment la sensation de puissance du personnage ou les scènes comiques. La direction artistique mérite également des éloges : les environnements débordent de couleurs, de personnalité et de détails. Chaque strate possède une identité propre immédiatement reconnaissable. Malheureusement, lors des séquences les plus explosives, quelques baisses de fluidité peuvent occasionnellement apparaître. Rien de véritablement gênant, mais suffisamment visible pour être signalé. Cette ambition technique explique probablement pourquoi le projet a finalement été développé pour la Nintendo Switch 2 plutôt que pour la première.

Toi, tu creuses
Le cœur de Donkey Kong Bananza repose sur une mécanique aussi spectaculaire qu’addictive : la destruction quasi permanente du décor, à l’aide des poings du gorille, mais aussi d’explosifs et de matières en tout genre. Là où Mario saute, Donkey Kong frappe. Un mur suspect ? On le pulvérise. Une montagne bloque le passage ? On y creuse un chemin. Un trésor semble inaccessible ? On détruit le sol jusqu’à le trouver. Cette liberté procure un sentiment de puissance rarement observé dans un jeu de plateforme Nintendo, tandis que les environnements deviennent de véritables terrains de jeu où l’expérimentation est constamment récompensée. Le plus impressionnant reste la manière dont les développeurs parviennent à intégrer cette destruction au level design, car malgré le chaos apparent, les cartes demeurent lisibles et intelligemment construites ; on doit aussi cette prouesse à une caméra très intelligente. Les objectifs principaux restent toujours identifiables, tandis que les joueurs les plus curieux peuvent passer des heures à fouiller chaque recoin.

Cette philosophie rappelle parfois Super Mario Odyssey dans sa volonté d’encourager l’exploration libre, mais trouve ici une personnalité bien plus brutale et physique. Pour enrichir davantage son gameplay, Donkey Kong peut débloquer plusieurs formes dites « Bananza ». Certaines augmentent sa force brute, d’autres lui permettent de parcourir de grandes distances ou d’explorer des zones autrement inaccessibles. Ces transformations ne se limitent jamais à de simples gadgets : elles modifient profondément la manière d’aborder l’environnement et les énigmes. Nintendo évite intelligemment l’écueil de la surenchère : chaque nouvelle capacité apporte une couche supplémentaire au gameplay sans rendre les précédentes obsolètes ; la transformation en éléphant demeure toutefois extrêmement puissante et un poil trop versatile. Cette progression permanente contribue largement au rythme de l’aventure.

Fausse note
Comme tout bon jeu Nintendo moderne, Donkey Kong Bananza adore récompenser la curiosité. Bananes, fossiles, défis annexes, mini-donjons, améliorations de compétences, costumes et collectibles divers se cachent absolument partout. La densité du contenu impressionne, mais n’est jamais nécessaire (il est possible de finir le jeu en ayant fini que peu d’objectifs). Même lorsqu’on pense avoir entièrement exploré une zone, une nouvelle idée ou un passage secret vient souvent relancer l’intérêt, comme la création de plateformes en lançant un certain type de rocher ; on note aussi la présence d’une carte absolument géniale à manipuler et lire, toujours très limpide malgré la verticalité des niveaux. Les complétionnistes trouveront ici un terrain de jeu immense et riche, tandis que les joueurs plus pressés pourront se concentrer sur la progression principale sans jamais se sentir pénalisés. Comptez environs quinze heures pour finir le jeu en ligne droite, et aux alentours de cinquante pour la complétion totale du titre.

Un dernier mot sur la musique, laquelle accompagne parfaitement l’aventure, mais peine à véritablement marquer le joueur. Si les compositions alternent entre thèmes épiques, morceaux plus contemplatifs et clins d’œil assumés à l’héritage musical de la série, Pauline elle, joue également un rôle central dans certaines séquences musicales particulièrement mémorables. On est très loin des chefs-d’œuvre de David Wise sur la trilogie Donkey Kong Country sur NES, où chaque piste semble iconique ou presque. De même, les chansons liées à l’utilisation des Bananza peut vite taper sur le système, notamment lors qu’on alterne leur forme régulièrement avec celle de base. Les effets sonores participent eux aussi à la réussite générale, puisque chaque coup porté procure une satisfaction presque physique, renforçant l’identité destructrice du jeu. À noter la présence de doublages, ceux en japonais étant d’excellente facture.

Conclusion
Comme Super Mario Odyssey, Donkey Kong Bananza bénéficie de tout le savoir faire de Nintendo. En résulte un titre particulièrement soigné et inventif, véritable ode à l’aventure et à l’expérimentation. Toutefois, force est de constater que la mise en retrait de l’aspect plateforme au profit de l’action tend à rendre le voyage moins marquant, moins « maîtrisé ». Certains éléments de game design nous apparaissent par ailleurs très curieux, comme la présence pas forcément nécessaire d’un arbre de talents. On peut aussi regretter un post game moins ambitieux que dans Super Mario Odyssey, la faute d’une structure globale qui permet de tout réaliser dès notre premier passage. Enfin, c’est surtout du côté de la bande-son qu’on peut se montrer le plus déçu, cette dernière remplissant son contrat sans jamais atteindre la vista des Donkey Kong Country. On a tendance a être critique par ici, mais il ne s’agit là que de menus défauts tant la production de Nintendo semble une fois de plus miraculeuse, en attestent son ultime niveau et son boss final, véritables orgie de mise en scène épique et de fan service bien senti. S’il ne fallait en choisir qu’un seul à l’heure actuelle, Donkey Kong Bananza serait indubitablement l’incontournable de la console ! 8 sur 10.


