Test – Mario Kart World

Test – Mario Kart World

Comment succéder à une œuvre aussi gargantuesque et soignée que Mario Kart 8 Deluxe, aboutissement total d’une formule quasi parfaite, capable de réunir petits et grands, débutants et vétérans ? Avec plus de soixante-huit millions de ventes, Nintendo se devait d’avoir une réponse en proposant une suite, forcément attendue au tournant. Et plutôt que d’essayer d’affiner sa proposition et de souffrir de la comparaison quant au contenu de son nouveau titre, le constructeur japonais a préféré revoir sa copie et proposer une nouvelle approche. Disponible au lancement de la Nintendo Switch 2 (au prix hallucinant de 89,99 €), Mario Kart World entend porter à lui seul le succès de la nouvelle console hybride. Nouvelles mécaniques de jeu, présence d’un monde ouvert ou celui d’un mode survie, une chose est sûre : on ne pourra reprocher à ce neuvième épisode de se reposer sur ses lauriers, à défaut d’être une véritable révolution pour la série.

Nouveau leitmoteur

Depuis ses débuts sur Super Nintendo, la série Mario Kart suit une ligne directrice simple : proposer un jeu de course immédiatement accessible, profondément fun, mais suffisamment technique pour donner envie d’y revenir encore et encore. Avec Mario Kart 8 Deluxe, Nintendo avait atteint une forme de sommet difficilement contestable. Contenu colossal, circuits brillamment conçus, gameplay peaufiné durant près d’une décennie, mode en ligne solide, etc. Difficile d’imaginer ce que pourrait apporter une suite capable de justifier son existence autrement que par une simple mise à jour graphique. Et c’est précisément là que Mario Kart World surprend. Alors qu’on attendait une suite logique, mais moins fournie en contenu, Nintendo a choisi de casser une partie des habitudes de jeu.

Plus ambitieux, plus expérimental, ce nouvel épisode entend transformer la licence en véritable terrain de jeu global. Une ambition palpable dès les premières minutes. Le principal argument marketing de Mario Kart World repose évidemment sur son fameux monde ouvert. Une promesse qui peut faire peur tant elle semble suivre une tendance désormais omniprésente dans l’industrie. Heureusement, Nintendo n’a pas tenté de transformer Mario Kart en Forza Horizon sous champignons hallucinogènes, offrant un résultat qui reste cohérent avec l’ADN arcade de la série. Le monde du jeu sert avant tout de gigantesque hub interconnecté reliant les différents championnats, circuits et activités annexes. Fini les menus figés : le joueur roule désormais librement d’une région à une autre, découvre des défis, des collectibles, des missions secondaires et même quelques événements dynamiques.

Jet Set Mario

La vraie réussite du titre vient de la densité du terrain de jeu. Chaque portion de route semble avoir été pensée pour favoriser le plaisir immédiat : rampes absurdes, raccourcis cachés, passages secrets, zones aquatiques, rails muraux ou portions aériennes s’enchaînent avec une fluidité remarquable. Nintendo maîtrise toujours aussi bien l’art d’un level design lisible et généreux. Malheureusement, cette structure ouverte montre aussi certaines limites, puisqu’une fois l’effet de découverte dissipé, on réalise que les activités annexes restent relativement répétitives. Les défis manquent parfois d’originalité et certaines zones apparaissent étonnamment vides. Sur la piste, Mario Kart World conserve évidemment les bases ultra solides de son prédécesseur. Le drift reste au cœur du gameplay, les sensations sont immédiatement familières et l’accessibilité demeure exemplaire.

Pourtant, les développeurs ont introduit suffisamment de nouveautés pour modifier sensiblement la manière d’aborder les courses. La principale nouveauté vient des figures contextuelles et des interactions avec le décor, les pilotes pouvant désormais y rouler contre les murs, enchaîner des grinds sur des rails, effectuer des figures acrobatiques plus librement et exploiter davantage la verticalité des circuits. Les courses deviennent forcément plus dynamiques, plus agressives et parfois franchement chaotiques, mais le jeu récompense davantage la prise de risque. Les meilleurs joueurs pourront maintenir des chaînes de boosts impressionnantes en exploitant parfaitement l’environnement, tandis que les novices continueront malgré tout à prendre énormément de plaisir grâce à un équilibrage toujours aussi efficace.

La loi du plus rapide

On apprécie également le travail effectué sur le feeling général des véhicules, chaque catégorie possèdant une inertie plus marquée et une identité mieux définie. Certaines motos gagnent en nervosité tandis que les karts lourds procurent une sensation de puissance rarement atteinte dans la série. En revanche, cet aspect plus spectaculaire rend parfois la lisibilité des courses un peu confuse, notamment en ligne à vingt-quatre joueurs. Entre les explosions d’objets, les effets climatiques, les raccourcis multiples et les éléments interactifs, certaines courses ressemblent davantage à une gigantesque bataille permanente qu’à une compétition réellement maîtrisée. Un parti pris qui divisera probablement les joueurs les plus compétitifs.

Parmi les nouveautés les plus convaincantes figure sans aucun doute le mode Survie. Inspiré des battle royale modernes sans jamais tomber dans leurs excès, ce mode oppose un grand nombre de pilotes dans une succession de portions éliminatoires. À intervalles réguliers, les derniers concurrents sont éliminés jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un unique vainqueur. Le concept fonctionne remarquablement bien grâce au rythme infernal des parties. La tension monte progressivement, chaque erreur devient dramatique et les retournements de situation sont constants. Nintendo parvient même à renouveler intelligemment les sensations habituelles de Mario Kart grâce à cette pression continue.

Amer Bitume

Le mode bénéficie du monde ouvert puisque les courses s’étendent désormais sur d’immenses trajets reliant plusieurs environnements sans coupure visible. Traverser une métropole futuriste avant d’enchaîner immédiatement sur une montagne enneigée puis une jungle tropicale procure transforme n’importe quelle partie en véritable aventure. On regrette simplement un certain manque de variété dans les règles proposées. Avec quelques variantes supplémentaires et des événements plus imprévisibles, ce mode aurait probablement pu devenir le véritable pilier du jeu. Plus encore quand les tracés disponibles se révèlent particulièrement limités en nombre ; on aurait adoré pouvoir choisir les chemins à emprunter, surtout au vu de leur quantité (environs deux cent !).

Techniquement, Mario Kart World impressionne. Nintendo livre ici l’un des jeux les plus convaincants visuellement de son histoire récente. Sans chercher le photoréalisme, le titre affiche une direction artistique éclatante et une richesse visuelle constante. Les environnements y regorgent de détails, les animations sont variées et superbes, tandis que la fluidité reste exemplaire, y compris lors des courses les plus chaotiques. La gestion de l’éclairage dynamique et des conditions météorologiques apporte une vraie personnalité aux différents biomes, comme la pluie fine après l’utilisation d’un Éclair. La bande-son mérite elle aussi des éloges. Nintendo et ses musiciens mélangent remix orchestraux, nouvelles compositions et réarrangements dynamiques avec un savoir-faire toujours aussi impressionnant. Plus de trois cent pistes, lesquelles ne se privent d’aucun genre musical, allant du ska à l’EDM, en passant par la bossa nova ou le metal.

Conclusion

Mario Kart World n’est pas la révolution totale que certains imaginaient, mais il réussit malgré tout un pari extrêmement difficile : exister après Mario Kart 8 Deluxe sans apparaître comme une simple extension vendue plein tarif. Nintendo ose modifier sa formule, introduit de nouvelles idées parfois brillantes et transforme sa série en une expérience plus vaste, plus sociale et plus imprévisible. Manque de chance, tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé. Le monde ouvert manque de profondeur, certaines nouveautés déséquilibrent un peu la lisibilité des courses et le contenu, généreux, peine toutefois à pleinement satisfaire. Techniquement ? Rien à redire. Artistiquement ? D’une qualité absurde. Moins parfait que son prédécesseur dans sa structure, mais plus audacieux et surprenant, Mario Kart World ouvre une nouvelle voie prometteuse pour la licence, quitte à mettre au coin les joueurs les plus compétitifs au profit d’un public plus occasionnel. Dans tous les cas, la série prouve encore et toujours qu’elle est un monstre du jeu multi, à la fois fun et accessible, tout en proposant un gameplay et un level design de haute volée. 8 sur 10.

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