
Avant que le terme looter-shooter ne devienne un argument marketing à part entière, Borderlands arrivait en 2009 sur PC et consoles avec une proposition étonnante : mélanger le jeu de tir à la première personne avec les mécaniques addictives d’un RPG orienté loot à la Diablo. Sur le papier, l’idée pouvait sembler étrange, mais dans les faits, Gearbox Software a posé les bases d’une formule qui allait inspirer une partie de l’industrie pendant plus d’une décennie. L’action se déroule sur Pandora, une planète désertique et hostile où bandits, créatures sauvages et corporations sans scrupules se disputent les derniers vestiges d’une civilisation extraterrestre. Notre objectif ? Mettre la main sur l’Arche, un mystérieux trésor dont les richesses attisent toutes les convoitises.
Boîte de Pandora
Dans les faits, le scénario reste relativement simple et sert surtout de prétexte à l’exploration, aux fusillades et à la collecte d’équipements. Dès les premières minutes, Borderlands dévoile sa véritable force : son système de progression. Le joueur choisit parmi quatre classes distinctes – Chasseur, Sirène, Soldat ou Berserker – disposant chacune d’un pouvoir spécial et d’arbres de compétences dédiés. Rapidement, la structure du jeu se dessine : le joueur doit accepter des quêtes, éliminer quelques dizaines d’ennemis, récupérer du butin, gagner de l’expérience, obtenir de nouvelles armes, puis repartir vers un nouvel objectif. Décrit ainsi, le concept paraît répétitif, mais force est de constater qu’il est aussi incroyablement addictif. Fusils d’assaut, revolvers, fusils à pompe, snipers ou lance-roquettes, chaque nouvelle arme ramassée est générée aléatoirement et peut potentiellement modifier la façon de jouer.

Une arme plus puissante, un chargeur plus généreux, des dégâts élémentaires ou une cadence de tir délirante suffisent à renouveler l’intérêt lors d’une session. Le plaisir de jeu repose donc sur cette récompense permanente, chaque combat devenant une occasion de découvrir un nouvel équipement et chaque montée de niveau procurant un sentiment de progression tangible. Si l’aventure solo reste tout à fait agréable, c’est véritablement en coopération que Borderlands révèle son plein potentiel. En effet, jusqu’à quatre joueurs peuvent explorer Pandora ensemble, partager les missions et affronter les boss les plus coriaces. La complémentarité des classes fonctionne bien et les situations les plus chaotiques deviennent souvent les plus mémorables. Entre un Berserker qui fonce dans le tas, une Sirène qui neutralise les ennemis et un Chasseur qui élimine les cibles à distance, les affrontements gagnent immédiatement en dynamisme.

Danse avec le loot
À sa sortie, Borderlands a également marqué les esprits grâce à son esthétique en cel-shading. Ce choix graphique, inspiré des bandes dessinées, confère au jeu une identité visuelle immédiatement reconnaissable. À des années lumières des productions photoréalistes de l’époque, l’avantage du cel-shading est évident aujourd’hui : alors que de nombreux jeux de la même génération accusent sévèrement le poids des années, Borderlands conserve un charme intact. Les contours marqués, les couleurs contrastées et l’ambiance de western post-apocalyptique restent particulièrement efficaces. Pandora n’est certes pas l’univers le plus varié jamais conçu, mais ses déserts arides, ses camps de bandits et ses installations industrielles dégagent une personnalité unique qui participe largement à l’immersion. On appréciera également la bande-son du titre, définie dans son ensemble par Jesper Kyd, plaisante sans être forcément marquante.

Dans les déceptions, on notera le scénario, lequel manque clairement de relief. Les personnages secondaires ne bénéficient pas encore du traitement plus travaillé que l’on découvrira dans Borderlands 2, tandis que l’humour est présent mais reste moins percutant que dans les épisodes suivants. Certaines quêtes annexes tombent également dans le remplissage pur et simple : éliminer un certain nombre d’ennemis, récupérer quelques objets, revenir au point de départ, puis recommencer. Cette répétitivité finit parfois par se faire sentir au cours de l’aventure, fort heureusement contrebalancé par un gameplay et des sensations de tir plaisants. Enfin, le segment final de l’aventure laisse un léger goût d’inachevé. Il faut dire qu’après plusieurs dizaines d’heures à poursuivre la fameuse Arche, la conclusion manque d’impact par rapport aux attentes créées durant plusieurs dizaines d’heures. Il nous en aura d’ailleurs fallu environs trente pour boucler le titre.

Conclusion
Premier véritable représentant populaire du looter-shooter moderne, Borderlands demeure une expérience plaisante. Son mélange de FPS et de RPG fonctionne encore admirablement grâce à une boucle de progression extrêmement addictive et à un mode coopératif toujours aussi efficace. Certes, son écriture, son humour, sa répétitivité et certaines mécaniques peinent à fonctionner (à l’image de la conduite des véhicules), mais son identité visuelle et son sens de la récompense immédiate continuent de faire mouche, à l’image des sensations de tir, l’aspect le plus important pour un titre de ce genre. Moins spectaculaire que ses successeurs, le premier épisode conserve néanmoins un certain charme. Une aventure généreuse qui pose les fondations d’un genre entier et qui reste, malgré les années, un incontournable pour les amateurs de loot et de coopération. 7 sur 10.


