Test Rétro – Pokémon X

Test Rétro – Pokémon X

Après plus de quinze ans d’existence et cinq générations de monstres de poche, la série Pokémon s’est retrouvée à un tournant majeur avec l’arrivée de Pokémon X et Pokémon Y sur Nintendo 3DS. Sortis pour la première fois simultanément dans le monde entier le 12 octobre 2013, ces épisodes marquent l’entrée de la licence dans sa sixième génération et constituent une étape importante dans son évolution. Pour la première fois, les créatures de Game Freak abandonnent définitivement les sprites en pixel art au profit d’un univers intégralement modélisé en 3D, profitant des capacités de la console portable de Nintendo. Direction Kalos, une région largement inspirée de la France, où les dresseurs en herbe vont découvrir de nouvelles villes, rencontrer plus de soixante-dix Pokémon inédits et se frotter à des mécaniques originales comme les Méga-Évolutions ou encore le tout nouveau type Fée. Entre modernisation de la formule, personnalisation du héros et ambitions techniques revues à la hausse, Pokémon X et Y avaient la lourde tâche de renouveler une recette devenue familière sans trahir l’identité de la saga. Mission accomplie ou simple évolution en douceur ? Réponse dans notre test.

Douce Kalos, région de mon adolescence

Pokémon X et Y inauguraient l’arrivée de la série principale sur Nintendo 3DS, apportant avec eux une nouvelle région, de nouvelles espèces, de nouveaux méchants et toute une tripotées d’améliorations plus ou moins bienvenues. La critique d’un nouvel épisode de Pokémon est un exercice de longue haleine, tant le sujet peut se montrer vaste. Commençons donc avec l’option de la facilité, celle du nouveau Pokédex. Avec pas moins de quatre cent cinquante-quatre espèces disponibles, force est d’avouer que ce dernier se montre relativement costaud et permet de créer des équipes variées. La sixième génération comprend quant à elle soixante-douze bébêtes, ce qui en fait la plus pauvre en termes de nouveautés. Fort heureusement, cette faible quantité est compensée par une qualité bien supérieure à la majorité de ses prédécesseurs. Là où Noir et Blanc étaient une sorte de reboot, multipliant les Pokémon doublons avec ceux de la première génération, X et Y propose des espèces fabuleuses à l’image d’Amphinobi, Pandarbare ou Muplodocus. Même les légendaires sont enfin devenus charismatiques, en plus de ne plus se compter par dizaines – un vrai problème apparu avec les versions Rubis et Saphir.

Les Pokémon objets sont quant à eux un faux problème : ils existent depuis la première génération, sont inspirés de la culture japonaise et de ses Yôkai, et se montrent meilleurs que leurs homologues. Même le tant décrié Trousselin, qui soit dit en passant mérite bien plus son titre de Pokémon qu’un certain Porygon, décrit par le Pokédex lui-même comme un programme informatique développé par l’Homme. Concernant la stratégie, la plupart d’entre eux se révèlent intéressants, que ce soit à travers des doubles types inédits ou des nouveaux talents, attaques et objets. L’élevage stratégique a été largement simplifié pour les néophytes, permettant à chacun de se lancer dans un pan du jeu trop méconnu mais diablement addictif. En effet, les joueurs peuvent enfin travailler les EV de leurs bêtes dans un mini-jeu unique, certes fastidieux mais bien moins contraignant que les techniques habituellement utilisées. Les Méga-Évolutions sont pour la plupart beaucoup trop surpuissantes et pas toujours originales dans leur design. Enfin, dernière nouveauté et pas des moindres, l’apparition du type Fée ! Il aura fallu attendre près de quatre générations pour voir enfin apparaître une nouvelle catégorie de monstres. Son principal argument est de d’annihiler le type Dragon, largement dominant dans les méta précédentes.

Copains pour la vie ! ♥

Kalos, la nouvelle région où se déroule l’aventure de Pokémon X et Y, est principalement basée sur notre beau pays qu’est la France. Autant dire qu’on ne sera pas trop dépaysé, contrairement aux japonais qui rêvent de visiter notre petit, mais riche terre hexagonale. Qui dit France vue par le Japon, dit forcément clichés. C’est ainsi qu’à travers notre voyage initiatique, nous découvrons Illumis et sa Tour Prismatique (qui ont su capter l’essence même de Paris la ville lumière, et de sa centralisation exacerbée), un ersatz du Mont Saint-Michel, des cafés et boutiques de mode par dizaines ou encore un château dans le plus pur style de ceux que l’on peut trouver en Bourgogne. On trouve également des bonnes surprises et des inspirations moins évidentes, à l’image d’un village basé sur les pierres de Carnac, des mines de l’est ou les banlieues désœuvrées de la région parisienne. Le seul défaut de Kalos réside dans sa direction artistique, beaucoup trop artificielle. La majorité des routes manquent cruellement de verdure naturelle, de reliefs ou d’identité visuelle. Les rares chemins enneigés arrivent comme un cheveu sur la soupe, tandis que les voies maritimes brillent par un niveau d’absentéisme rarement atteint dans un Pokémon.

Après un Pokémon Noir 2 et Blanc 2 profond dans son scénario, on pouvait légitimement se demander si Pokémon réussirait à élever la barre encore plus haut avec X et Y. Malheureusement, Game Freak semble avoir complètement décroché avec une histoire basique, très mal rythmée et souffrant de personnages secondaires au mieux anecdotiques, au pire très irritants. Commençons par ces derniers, en la présence des quatre rivaux qui accompagneront tout au long de l’aventure notre personnage principal. Si l’un d’entre eux se montre relativement correct bien qu’il soit d’une fadeur assommante, les autres se révèlent absolument terribles. Kitchs, gamins et provoquant même des malaises et des sueurs froides, on ne peut s’empêcher de rouler des yeux à chacune de leur arrivée, la palme d’or revenant à Tierno et Trovato. Car oui, même Sannah se montre plus subtile que les deux zigotos, cachant au fond d’elle un mal bien plus profond qu’il n’y parait, celui d’une enfant errant sans réel but – mais restons en là, car il s’agit tout de même d’un personnage mal écrit et très puéril. Le seul pan de l’histoire réellement intéressant réside dans la nouvelle organisation criminelle, la Team Flare, et à travers leur leader Lysandre.

C’est l’heure du point Godwin

Il faut dire qu’on y retrouve des motivations similaires à celles d’Hitler et du troisième Reich (la race arienne étant retranscrit par une élite puissante, belle et de bon goût), et même un simili-holocauste avec l’arme suprême censée purifier le monde de sa laideur. Une histoire qui nous parle forcément, à nous autres européens, et qui rend l’attitude superficielle de la Team Flare bien plus compréhensible. X et Y font également la part belle au cinéma, un art né dans notre pays et profondément ancré dans notre culture. On y croise une actrice, on peut y tourner des mini-clips pour présenter notre dresseur et le Maître de la Ligue Pokémon est lui-même une actrice de cinéma. Pokémon X et Y, c’est également l’occasion de retrouver l’inspecteur Beladonis de la quatrième génération et de l’aider à résoudre des enquêtes, en plus de travailler main dans la main avec une petite bohème des villes. Des aventures relativement bien écrites quand les compare au reste du jeu, et qui offrent un final assez joli. Concernant les autres personnages forts du scénario, on peut émettre une grosse pointe de déception sur A.Z. et les champions de Kalos. Le premier avait un potentiel énorme pour devenir un N bis en terme d’intérêt, tandis que les seconds sont majoritairement anecdotiques.

Visuellement, Pokémon X et Y disposent d’une direction artistique forte. Chaque lieu possède plus ou moins sa propre identité visuelle, marquant le joueur au gré de son cheminement. On pense évidemment à la Tour Prismatique renfermant une arène en son sein, à Flusselles et son cadran solaire géant qui s’active à 21h00, à Romant-sous-Bois et son arbre-horloge inspiré du Beffroi de Lille ou encore au Palais Chaydeuvre et ses jardins titanesques. Néanmoins, impossible de ne pas fermer les yeux sur les graphismes du jeu qui dégueulent d’aliasing à ne plus savoir qu’en faire. Incompréhensible quand on connaît le budget de The Pokémon Company, et ce en dépit des limitations techniques de la console. Ajoutez à cela des modèles chibi pas forcément agréables à l’œil et une 3D absente la quasi-totalité du jeu en dehors des grottes et des combats en un contre un (lesquels se permettent de ramer quand on active le relief), et vous obtenez un titre paresseux dans sa technique. Heureusement, les animations des attaques sont bien fichues, tout comme les modèles des Pokémon. On pourra pester sur les arrière-plans des combats, eux aussi baveux et crénelés comme pas possible. Un petit mot sur la bande-son, plaisante mais très classique, à l’image du jeu.

Conclusion

X, Y et Z représentent la base de tout élément en trois dimensions. En ce sens, ce nouvel opus de Pokémon réussit son pari en proposant une aventure et des combats en 3D vraiment chouettes. Les habitués de la série pesteront sur une histoire bâclée, un rythme inégal ou des personnages secondaires médiocres. Néanmoins, pour quiconque souhaiterait se lancer dans la franchise ou renouer le contact après de longues années de disette, X et Y se montrent presque parfaits. Les gros nostalgiques seront aux anges, vu comment Game Freak semble avoir donné beaucoup – trop – d’amour à la première génération. La plus grosse preuve étant la Forêt de Neuvartault, dont le level design a été volontairement basé sur celui de la Forêt de Jade de Pokémon Rouge, Vert, Bleu et Jaune. Loin d’être le meilleur de la série à ce jour, il reste toutefois de bonne facture. Si l’ajout du type Fée et des Méga-Évolutions rafraîchissent la formule stratégique, force est d’avouer que Pokémon X et Y a surtout des allures de best-of. 6 sur 10.

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