Test – Control

Test – Control

Après avoir exploré les méandres du thriller psychologique avec Alan Wake puis flirté avec la science-fiction dans Quantum Break, Remedy Entertainment revient avec Control le 19 août 2019 sur PC, PlayStation 4 et Xbox One. Nouvelle licence ambitieuse, ce TPS surnaturel entraînera le joueur dans les couloirs labyrinthiques du Federal Bureau of Control, une agence gouvernementale secrète chargée d’étudier les phénomènes paranormaux. Entre narration cryptique, pouvoirs télékinétiques dévastateurs et direction artistique fascinante, le studio finlandais signait il son œuvre la plus aboutie jusqu’alors ?

Hiss-toire surnaturelle

Dès les premières minutes de jeu, Control cultive le mystère. Les joueurs y incarnent Jesse Faden, une jeune femme à la recherche de Dylan, son frère disparu depuis l’enfance. Son enquête la mène jusqu’à l’Ancienne Maison, siège du Federal Bureau of Control (FBC), un immeuble gouvernemental aux propriétés impossibles qui semble défier toutes les lois de la physique. Sans trop en dévoiler, l’intrigue se construit autour d’une invasion surnaturelle appelée le Hiss, une force hostile qui corrompt les employés du Bureau et menace la réalité elle-même. Comme souvent chez Remedy, le récit refuse les explications immédiates et préfère semer des indices au fil de l’aventure. Cette narration volontairement opaque divisera sans doute les joueurs, captivant une partie d’entre eux par l’univers étrange et les nombreuses zones d’ombre de l’histoire.

L’autre pourra se sentir perdue face à un scénario qui privilégie l’ambiance et la suggestion aux réponses bien définies. Toutefois, impossible de nier que l’univers de Control possède une identité rare dans le paysage vidéoludique actuel. L’héroïne de Control n’est pas la protagoniste la plus charismatique jamais créée par Remedy, mais elle remplit parfaitement son rôle de guide dans cet univers absurde. Son évolution est intimement liée à celle du joueur : plus elle découvre les secrets du Bureau, plus elle gagne en assurance et en puissance. Le casting secondaire réserve également quelques personnages mémorables, notamment le concierge Ahti, figure énigmatique dont chaque apparition oscille entre humour absurde et malaise inquiétant. Les séquences en prises de vue réelles, marque de fabrique du studio, renforcent encore davantage l’étrangeté générale.

Hiss-Files : Aux frontières du réel

S’il y a bien un domaine dans lequel Control excelle immédiatement, c’est son système de combat. Au départ relativement classique, l’expérience prend une toute autre dimension lorsque Jesse débloque ses capacités paranormales : télékinésie, lévitation, boucliers psychiques, contrôle mental, l’arsenal surnaturel transforme chaque affrontement en véritable démonstration de puissance. La télékinésie constitue clairement la vedette du spectacle. Attraper un extincteur, un morceau de béton ou même un bureau entier pour l’envoyer à toute vitesse dans le visage d’un ennemi procure une satisfaction bien tangible, la destruction environnementale participant largement à cette sensation de puissance. Les bureaux volent en éclats, les murs se fissurent et les salles deviennent progressivement méconnaissables après une bataille. L’Arme de Service, arme métamorphe de Jesse, complète efficacement cet arsenal.

Plutôt que de multiplier les armes traditionnelles, Remedy propose différentes formes interchangeables, chacune adaptée à un style de jeu particulier. L’ensemble est nerveux, spectaculaire et particulièrement gratifiant. Contrairement aux précédentes productions du studio, Control adopte une structure proche du metroidvania. L’Ancienne Maison forme en effet un immense complexe interconnecté dont certaines zones restent inaccessibles jusqu’à l’obtention de nouveaux pouvoirs. Cette approche encourage naturellement l’exploration et récompense la curiosité, notamment avec des documents confidentiels, des enregistrements audio, des objets altérés ou des quêtes secondaires, lesquels enrichissent constamment le lore du jeu. Le problème vient essentiellement de la carte, parfois difficile à lire ; l’architecture volontairement labyrinthique du Bureau participe certes à son identité, mais elle rend parfois l’orientation laborieuse. Il n’est pas rare de passer plusieurs minutes à chercher un objectif pourtant situé à proximité.

Madame la directrice, dégâts dégâts

Rarement un environnement aussi banal en apparence n’aura semblé aussi fascinant, au point où l’on peut aisément assurer que l’Ancienne Maison constitue à elle seule l’un des personnages principaux du jeu. Inspirée du brutalisme architectural, elle multiplie les espaces monumentaux, les couloirs impossibles et les transformations spectaculaires. Chaque secteur possède sa propre identité visuelle tout en conservant une cohérence remarquable. Certaines séquences frôlent même le génie créatif, notamment un niveau musical devenu culte parmi les joueurs (le Labyrinthe du cendrier), lequel les pousse à traverser un dédales de pièces s’ouvrant et se refermant au rythme de la bande-son d’un morceau du groupe Old Gods of Asgard.

Le travail réalisé sur l’ambiance mérite également les éloges, puisqu’entre les murmures du Hiss, les éclairages inquiétants et la bande-son minimaliste mais efficace, Control instaure une tension constante qui ne quitte jamais réellement le joueur. Sur le plan visuel, le titre de Remedy Entertainment demeure impressionnant, même plusieurs années après sa sortie. Les effets de particules, la physique avancée et les technologies de ray tracing offrent régulièrement des moments spectaculaires. Cette ambition technique a cependant eu un coût, puisqu’à sa sortie, le jeu souffrait de baisses de performances parfois notables sur consoles. Les différentes mises à jour ont corrigé une partie de ces problèmes, mais quelques ralentissements peuvent encore apparaître lors des batailles les plus massives.

Conclusion

Avec Control, Remedy Entertainment livre probablement son univers le plus original depuis Alan Wake. Malgré une narration parfois trop hermétique et quelques problèmes d’ergonomie, le titre impressionne par son identité artistique, son ambiance unique et surtout son gameplay télékinétique extraordinairement satisfaisant. Peu de jeux parviennent à donner au joueur un tel sentiment de puissance tout en maintenant un mystère aussi captivant autour de leur univers. Control n’est pas toujours facile d’accès, mais ceux qui accepteront de se perdre dans les couloirs de l’Ancienne Maison découvriront l’une des expériences les plus singulières de sa génération. 8 sur 10.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *