Test – PRAGMATA

Test – PRAGMATA

Annoncé en grande pompe en 2020 lors de la présentation PlayStation 5, PRAGMATA a longtemps ressemblé à un mirage. Entre reports successifs, silence radio et réapparitions sporadiques dans des conférences toujours plus chargées, beaucoup pensaient que le projet finirait au cimetière des ambitions inachevées de Capcom. Pourtant, après plusieurs années de développement, le studio japonais livre enfin sa nouvelle licence de science-fiction sur PlayStation 5, Xbox Series, PC et Nintendo Switch 2. Et le plus étonnant dans cette histoire, c’est que PRAGMATA n’est pas simplement un « bon retour ». C’est peut-être l’une des meilleures nouvelles licences AAA de ces dernières années. À mi-chemin entre le jeu d’action à l’ancienne, le puzzle-game tactique et le récit intimiste porté par un duo attachant, PRAGMATA réussit quelque chose de rare : proposer une identité immédiatement reconnaissable dans une industrie qui recycle souvent les mêmes recettes.

Une histoire complètement lunaire

Le jeu nous place dans la combinaison spatiale de Hugh Williams, un membre d’une équipe d’intervention envoyée sur une station de recherche lunaire devenue mystérieusement silencieuse. Évidemment, tout tourne mal dès les premières minutes. Après un incident catastrophique, Hugh se retrouve isolé dans une base contrôlée par une intelligence artificielle hostile. C’est là qu’entre en scène Diana, une petite androïde à l’apparence enfantine capable de pirater les systèmes de sécurité de la station. Le scénario de PRAGMATA ne révolutionne pas fondamentalement la hard science-fiction, mais il l’exécute avec suffisamment de sincérité et d’intelligence pour maintenir l’intérêt du début à la fin. L’écriture repose avant tout sur la relation entre Hugh et Diana, tels un père et sa fille, qui évolue naturellement au fil des événements.

Là où beaucoup de jeux modernes cherchent à surdramatiser chaque dialogue, PRAGMATA préfère miser sur des échanges simples, parfois maladroits, souvent touchants. Hugh n’est pas un héros charismatique à la punchline facile ; c’est un homme fatigué, dépassé par la situation. Diana, de son côté, découvre progressivement les émotions humaines, le danger, la peur, mais aussi l’humour. Certaines scènes rappellent les meilleures interactions vues dans des productions comme BioShock Infinite, The Last of Us ou encore NieR: Automata, sans jamais tomber dans l’imitation pure. Capcom réussit à donner une véritable personnalité à Diana, qui devient rapidement le cœur émotionnel du jeu. Et surtout, le récit évite l’écueil du remplissage : PRAGMATA dure en effet une douzaine d’heures pour une partie classique, davantage si l’on explore les contenus annexes et les défis optionnels. Une durée de vie idéale pour un jeu qui préfère maintenir un rythme soutenu plutôt que d’étirer artificiellement son aventure.

Hack ‘n’ crash

Mais l’élément qui distingue réellement PRAGMATA du reste de la production AAA actuelle, c’est son système de combat. Sur le papier, le concept paraît presque étrange : pendant les affrontements, Diana doit pirater les ennemis via un mini-jeu affiché à l’écran afin d’exposer leurs points faibles, pendant que Hugh tire, esquive et gère son positionnement. Dit comme ça, on pourrait croire à une mécanique gadget. En réalité, c’est l’une des meilleures idées gameplay vues depuis longtemps dans un TPS. Chaque combat devient une sorte de gymnastique mentale où il faut simultanément analyser les mouvements ennemis, résoudre rapidement les séquences de piratage, viser avec précision, gérer les munitions et utiliser les bonnes compétences au bon moment. Le jeu, véritable ode au multitasking, demande donc une véritable coordination entre réflexion et action.

Les premières heures peuvent sembler déroutantes, notamment parce que le joueur doit apprendre à gérer plusieurs informations en parallèle. Pourtant, une fois le système assimilé, PRAGMATA devient extrêmement satisfaisant. Les combats de boss illustrent parfaitement cette réussite. Certains affrontements demandent une lecture quasi stratégique de l’arène, avec des phases de hacking avancées et des attaques capables de saturer l’espace. Le jeu pousse régulièrement le joueur à improviser. Capcom ajoute également une couche de progression certes classique, mais toujours intelligente : amélioration des armes, modules altérant les effets du hacking, compétences passives, gadgets offensifs ou encore nouvelles capacités de mobilité. Le tout permet de personnaliser légèrement son style de jeu sans tomber dans l’excès RPG.

L’IA-byrinthe

Cela dit, tout n’est pas parfait. Le système de hacking peut parfois devenir confus lors des combats les plus chaotiques, notamment sur Nintendo Switch 2 où l’interface paraît un peu plus chargée en mode portable. De plus, la variété d’ennemis aurait mérité davantage d’ambition sur la seconde moitié de l’aventure. Malgré cela, le gameplay conserve une fraîcheur constante jusqu’au générique final. Car contrairement à beaucoup de productions modernes obsédées par les mondes ouverts gigantesques, PRAGMATA adopte une structure semi-ouverte. Chaque zone de la station lunaire agit comme un grand espace interconnecté rempli de raccourcis, de salles verrouillées, de secrets et de collectibles.

L’exploration récompense régulièrement la curiosité avec, entre autres, des améliorations cachées, des documents narratifs, des défis de combat, des modules rares ou des dialogues supplémentaires avec Diana. Le level design fait parfois penser aux metroidvania, mais sans jamais aller totalement dans cette direction. Le jetpack de Hugh apporte également une verticalité bienvenue. Les déplacements deviennent rapidement très fluides, notamment grâce aux phases de propulsion en gravité réduite qui renforcent l’identité lunaire du titre. On apprécie particulièrement le fait que le jeu respecte le temps du joueur. Les objectifs restent lisibles, la progression demeure naturelle et l’exploration ne sombre jamais dans la checklist interminable.

Tellement robot que t’en chiales

Visuellement, PRAGMATA impressionne énormément, notamment grâce au RE Engine qui continue de faire des miracles. La station lunaire possède une identité forte, mélangeant technologie futuriste, structures industrielles glaciales et décors détruits baignés dans une lumière presque irréelle. Capcom excelle surtout dans les détails comme les animations faciales très naturelles, les éclairages volumétriques, les particules omniprésentes, les reflets métalliques crédibles ou les transitions fluides entre gameplay et cinématiques. Le jeu réussit à créer une atmosphère constamment oppressante sans tomber dans l’horreur pure. Certaines séquences dans les extérieurs lunaires sont absolument superbes, notamment grâce à une direction sonore remarquable.

Le silence spatial, les vibrations métalliques étouffées et les musiques électroniques discrètes participent énormément à l’immersion. La bande-son sait également se faire plus émotionnelle lors des moments centrés sur Hugh et Diana, mais ne brille malheureusement que trop rarement ; même face aux boss ou lors des affrontements, on peine à se souvenir d’une piste en particulier à la fin de notre aventure. Côté performances, la version Nintendo Switch 2 impressionne par sa stabilité générale malgré quelques concessions visuelles évidentes sur les textures et certains effets avancés. Le framerate reste globalement solide, y compris dans les affrontements les plus chargés. Sur PlayStation 5, Xbox Series X et PC, le jeu atteint un niveau technique particulièrement convaincant.

Conclusion

Après des années de silence et de doutes, PRAGMATA réussit un retour spectaculaire. Capcom signe ici une nouvelle licence ambitieuse, originale et étonnamment maîtrisée pour une première tentative. Son mélange de shooting, de hacking et de narration fonctionne remarquablement bien grâce à une boucle de gameplay constamment engageante et à un duo de personnages immédiatement attachant. Attention tout de même, tout n’est pas irréprochable : le bestiaire manque un poil de variété, quelques séquences de hacking deviennent confuses dans le feu de l’action et le scénario reste relativement prévisible dans ses grandes lignes (on aurait également aimé une critique approfondie de l’IA et de son utilisation, en vain). Mais ces défauts pèsent peu face à la fraîcheur générale du projet. PRAGMATA est exactement le type de production AAA que l’on aimerait voir plus souvent : une expérience solo compacte, inventive et profondément sincère. Il y a quelque chose d’étonnamment old school dans PRAGMATA. Le jeu refuse beaucoup des tendances modernes fatigantes (monde ouvert vide, crafting envahissant, progression artificiellement étirée, etc.). Ici, Capcom livre simplement un jeu solo dense, rythmé et concentré sur une idée forte. Cette philosophie rappelle les grands jeux d’action de l’ère Xbox 360 et PlayStation 3, mais modernisés avec une réalisation actuelle et une vraie ambition mécanique. Avec PRAGMATA, Capcom a peut-être trouvé sa prochaine grande licence. 8 sur 10.

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