
En l’espace de quelques années seulement, Capcom a transformé Mega Man en véritable institution de la NES. Alors que beaucoup pensaient la formule arrivée à saturation après quatre épisodes extrêmement proches dans leur structure, voici que débarque Mega Man 5, cinquième aventure numérotée du petit robot bleu. Un épisode parfois considéré comme « mineur » par certains puristes, voire conspué, mais qui cache en réalité une aventure particulièrement soignée, fun et étonnamment moderne dans son approche du confort de jeu, même pour un titre paru fin ’92.
Reçu cinq sur cinq
L’introduction plante immédiatement le décor : le mystérieux Proto Man semble avoir sombré du côté obscur et multiplie les attaques contre les villes du monde entier avec l’aide d’une nouvelle armée de Robot Masters. Une situation suffisamment grave pour pousser Mega Man à repartir au combat afin de découvrir la vérité derrière cette trahison inattendue. Même si le scénario reste extrêmement simple, il faut reconnaître que cet épisode fait un petit effort de mise en scène, notamment à l’aide de cinématiques entre certains niveaux, les apparitions de Proto Man et les quelques twists disséminés tout au long de l’aventure. L’ensemble donne davantage de personnalité à l’ensemble, et sur NES, ce genre de détails suffisait largement à nourrir l’imagination des joueurs.

Pas de révolution ici, puisqu’on retrouve toujours la structure emblématique de la série avec huit Robot Masters à éliminer dans l’ordre de son choix. Chaque boss vaincu offre une nouvelle arme, laquelle sera particulièrement efficace contre un autre adversaire. Une boucle de gameplay désormais culte, que Capcom maîtrise ici avec une aisance impressionnante. L’une des grandes forces de cet épisode réside dans son level design : les stages y sont variés, bien rythmés et surtout beaucoup moins punitifs que dans les premiers épisodes. Le jeu de Capcom cherche davantage à divertir qu’à frustrer, ce qui le rend particulièrement agréable, même aujourd’hui. Chaque niveau introduit une mécanique spécifique sans jamais en abuser : gravité inversée chez Gravity Man, combats en jet-ski chez Wave Man, pluie d’astéroïdes et sauts lunaires chez Star Man, etc. Les idées s’enchaînent constamment et ne se répètent jamais.

Un max de Proto-eines
Cette volonté de rendre l’expérience plus fluide se retrouve aussi dans la maniabilité. Mega Man répond toujours au doigt et à l’œil, avec des déplacements précis et des sauts parfaitement calibrés. Le fameux Mega Buster chargé, introduit dans le quatrième épisode, est évidemment de retour et devient même central dans la progression, gagnant en efficacité. Peut-être même un peu trop, puisque certains puristes regretteront d’ailleurs que cette attaque surpuissante déséquilibre légèrement le challenge. C’est probablement le point qui divisera le plus les fans : Mega Man 5 est nettement plus facile que ses prédécesseurs. Les ennemis infligent moins de dégâts, les vies supplémentaires sont généreuses et plusieurs armes spéciales se montrent particulièrement efficaces. Mais paradoxalement, cette accessibilité sert aussi le plaisir de jeu.

On avance avec enthousiasme, on expérimente davantage les pouvoirs et le rythme général reste très dynamique. Le titre évite ainsi l’écueil du jeu NES artificiellement difficile uniquement pour rallonger sa durée de vie. Cela ne signifie pas pour autant que l’aventure manque totalement de résistance. En effet, les forteresses finales du Dr. Wily demandent toujours concentration et mémoire, notamment lors de l’inévitable boss rush qui précède l’affrontement final. Le Dr. Wily ? Ah, oui ! C’était bien lui – encore – derrière ce faux Proto Man, tapis dans l’ombre, prêt à bondir sur le Blue Bomber pour l’éliminer et conquérir le monde. Sorti tardivement dans la vie de la console, Mega Man 5 profite clairement de l’expérience accumulée par les développeurs. Les sprites sont détaillés, les animations nombreuses et certains décors affichent un niveau de finition remarquable pour une machine 8-bits.

Give me five!
Les musiques, composées dans la grande tradition de la série, accompagnent parfaitement l’action. Si la bande-son n’atteint peut-être pas les sommets absolus de Mega Man 2 ou Mega Man 3, elle reste extrêmement solide avec plusieurs thèmes immédiatement mémorisables, notamment ceux de Star Man et Gravity Man. On apprécie également les nombreux petits détails de réalisation : ralentissements limités, hitboxes propres, lisibilité constante de l’action… Autant d’éléments qui témoignent d’un vrai savoir-faire. Longtemps considéré comme un simple recyclage de plus, Mega Man 5 mérite pourtant largement qu’on lui redonne sa chance. Certes, il ne bouleverse jamais les fondations de la licence, mais il affine tellement bien la formule qu’il en devient l’un des épisodes les plus agréables à parcourir aujourd’hui.

Conclusion
Comme toujours avec la série de Capcom, Mega Man 5 demeure un excellent épisode. Plus accessible, plus fluide et particulièrement bien conçu, il offre une aventure constamment plaisante malgré un manque relatif de prise de risques, et qui peut donc peiner à marquer les vétérans de la franchise. Il n’empêche, Mega Man 5 est peut-être celui qui a le mieux vieilli de la saga NES, duquel peut découler un réel plaisir de jeu, même pour un jeunot. Assurément un incontournable pour les amateurs de rétro gaming et l’un des Mega Man les plus faciles à recommander aux nouveaux venus. 7 sur 10.


