Test – Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre

Test – Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre

Développé par Ubisoft Montpellier et édité par Ubisoft, Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre se présente comme un titre d’aventure et de réflexion. Paru sur PC, PlayStation 3, PlayStation 4, Xbox 360 et Xbox One en juin 2014, le jeu s’est depuis exporté sur Nintendo Switch et mobiles. Soldats Inconnus utilise le moteur de jeu UbiArt Framework, déjà utilisé sur Rayman Origins et Rayman Legends. Après un peu moins de dix heures passées en sa compagnie, on vous donne notre avis sur ce titre naviguant entre le jeu vidéo, la bande dessinée et le devoir de mémoire.

Chiens de guerre et guerre de chiens

Vous savez ce qu’il y a de terrible avec la première Guerre Mondiale ? C’est qu’elle est trop souvent oubliée, ou pire, jugée moins horrible que la seconde. Des horreurs, elle en était pourtant remplie. À l’occasion du centenaire de ce moment clé de notre Histoire, Ubisoft participait au devoir de mémoire en réalisant un jeu inspiré de lettres écrites pendant la Grande Guerre. Tout au long de l’éprouvante aventure que vivra le joueur, et avec l’aide d’associations et d’historiens spécialisés, le studio distille de nombreuses anecdotes sur la vie de l’époque. À ce titre, même si Soldats Inconnus ne se substitue pas aux manuscrits scolaires, il faut bien reconnaître que les développeurs montpellierains ont réalisé un superbe boulot. À chaque nouvelle portion du scénario, le joueur peut ramasser des objets à collectionner, chacun décrivant à quoi il servait jadis, ou lire les faits historiques de la période concernée. Pêle-mêle, on en apprendra plus sur la mobilisation, les tranchées ou encore les armes utilisées lors des trop nombreux combats qui émailleront ces quatre longues années.

Inventée pour les besoins du scénario, l’histoire du jeu suit une famille franco-allemande vivant à Saint-Mihiel, une ville du nord-est de la France. De leur terrible séparation à leurs retrouvailles se dérouleront de nombreuses péripéties mettant à mal leur santé physique et psychologique. À cette petite bande s’ajouteront une étudiante vétérinaire belge spécialisée dans la médecine militaire, un brillant inventeur capturé par l’Allemagne, un américain volontaire ayant perdu sa femme au début du conflit, sans oublier un chien secouriste prêt à braver tous les dangers pour sauver les Hommes. Bien que certaines scènes versent trop dans l’épique façon blockbuster hollywoodien, le récit de Soldats Inconnus sait aussi se montrer intelligent, simpliste dans sa retenue, et ne tombe jamais dans le manichéisme bête et méchant. Mieux encore : le joueur est amené à contrôler un personnage issu de chacun des deux camps, permettant de mieux se rendre compte que français comme allemands, personne ne voulait de cette guerre au-delà des élites.

Marche Funèbre

Artistiquement sublime, le moteur UbiArt Framework fait encore des merveilles. Très proches de la bande dessinée franco-belge, les graphismes enchantent chaque scène, même les plus meurtrières. Accompagné d’une bande-son jouée au piano, le voyage se transforme alors en ballade mortuaire où, impuissants comme chacun des soldats de l’époque, le joueur s’enfonce de plus en plus dans ce bourbier ensanglanté, bien obligé malgré lui d’exécuter les ordres reçus. Le doublage français de très haute volée enfonce le clou, jouant avec subtilité sur la mélancolie et une certaine forme de résignation qu’il dégage. Marc Cassot, la voix du narrateur, signe une performance particulièrement poignante. Tous se montrent très bons, insufflant de la vie dans chacun des personnages joués. Techniquement bien fichu et historiquement fidèle, Soldats Inconnus : Mémoire de la Grande Guerre parvient à immerger pleinement le joueur tout en étant artistiquement parfait, mais est-il pour autant un bon jeu ?

Mieux vaut le dire sans détour : malheureusement non. Alors oui, s’il est bel et bien trop linéaire dans sa façon de progresser, le titre offre en contrepartie une variété bienvenue dans son gameplay. Néanmoins, aucune phase ne semble particulièrement originale dans son fonctionnement, à l’image des trop nombreuses séquences de soins, lesquelles sont en réalité de bêtes enchainements de QTE. Même la scène des taxis de la Marne, très marquante, ne parvient pas à nous faire oublier le gameplay un poil archaïque dont elle est affublée ; il faut y esquiver des obstacles apparaissant continuellement sur notre chemin, comme dans la scène des gnous du Roi Lion sur SNES et Mega Drive. Plus importantes, les phases de réflexion – très proches d’un point’n click sans en atteindre la complexité – ne demanderont pas une grande concentration tant elles se montrent basiques et faciles, tout du moins durant les trois premiers quarts du jeu. Reste que le final, lequel vous prend véritablement aux tripes, reste un grand moment de jeu dont personne n’en ressortira totalement indemne.

Conclusion

Soldats inconnus : Mémoires de la Grande Guerre n’est en soit pas un très bon jeu, si on s’en tient d’un point de vue du gameplay pur. Basique dans ses mécaniques et son level design, il se montre également peu novateur dans son game design de manière générale. Toutefois, l’intérêt du titre réside ailleurs, à savoir dans son devoir de mémoire. En cela, l’œuvre d’Ubisoft Montpellier se montre excellente ; pas parfaite certes (on aurait aimé des informations plus approfondies), mais véritablement adaptée pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas grand chose à la première Guerre Mondiale. Artistiquement sublime, le jeu nous rappelle qu’à une époque où beaucoup cultivent la glorification de la guerre, lui préfère en rappeler les atrocités. Et alors que la cohésion de l’Union Européenne s’effondre un peu partout, il serait bon de se souvenir ce que notre Vieux Continent était lorsqu’elle n’existait pas. Parce qu’il ne faut jamais oublier, il est de notre devoir de préserver la mémoire de nos ancêtres, par le jeu vidéo si nécessaire. 6 sur 10.

Kalimari

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *