

En 1996, sur Saturn, devait paraître un certain Sonic X-treme, premier épisode en 3D pour le hérisson bleu. Assez unique dans son genre pour l’époque, on l’aurait grossièrement comparé à un Mario Galaxy s’il sortait de nos jours. Sonic Lost World, un jeu exclusif à la Wii U et à la Nintendo 3DS (deux versions différentes), aujourd’hui considéré par les vieux de la vieille comme étant la renaissance du projet avorté, est quant à lui disponible depuis 2013. Un opus boudé par les fans et la critique, qui, s’il n’est pas sans défauts, mérite qu’on vante également ses réussites. À condition de préférer la plateforme pure à la vitesse ; un choix étonnant pour Sonic.
World à part
Sonic Lost World conte histoire d’une planète perdue où résident six démons, tous sous le joug d’Eggman. Se libérant de leur bourreau, ils s’apprêtent à détruire le monde de Sonic et ses amis en guise de représailles, obligeant le hérisson bleu et le savant fou à unir leur forces. Si le scénario est cousu de fil blanc, offrant un final prévisible, il faut saluer les cinématiques, très jolies et agréables à suivre. Pouvoir les visionner en japonais est bienvenu, surtout quand on découvre le doublage français, trop enfantin malgré d’excellents comédiens derrière chaque voix. Visuellement, le jeu fait mouche. Avec sa direction artistique toute en rondeur proche d’un Mario Galaxy, ses couleurs chatoyantes et ses animations cartoonesques, on ressent bien la patte de Nintendo.

Comme dans tout bon platformer, Sonic visitera de nombreux biomes différents, dont certains brillent de par leur réussite à l’image de Tropical Coast. D’autres se contentent malheureusement de recycler les assets du titre, à l’image de Sky Road qui pioche allègrement ceux de Windy Hill. En dehors de ce petit défaut, le jeu peut se targuer de posséder une bande-son absolument monstrueuse (composée par Tomoya Ohtani), se hissant clairement parmi les meilleures de la série ; une série pourtant reconnue pour ses OST de qualité, lesquelles ne déçoivent pratiquement jamais. On y brasse plusieurs courants musicaux, toujours avec justesse ; que ce soit de la bossa-nova, de l’ambient jungle, du jazz fusion, de la dubstep ou même du rock symphonique, tous proposent des thèmes mémorables, notamment lors des affrontements de boss.

Le Monde à l’Envers
Clairement en deçà, le sound design se montre quant à lui bien trop faible pour se faire remarquer positivement. Artistiquement parlant, Sonic Lost World est indéniablement un titre de qualité. Là où le bât blesse, c’est quant on s’attaque à ses mécaniques de jeu. Pour certains, elles sont trop nombreuses ou complexes, ce qui est loin d’être faux. Pour d’autres, elles sont imprécises, bien trop mal dosées, ce qui est un peu moins vrai. Oubliez donc le gameplay épuré de Sonic Generations, grisant de vitesse. Dans Lost World, on lorgne bien plus du côté d’un Super Mario en 3D, tant la palette de mouvements est riche. Si le joueur peut toujours utiliser une attaque ciblée, celle-ci peut être chargée pour faire plus de dégâts ou se transformer en coup de pied, ce qui permet d’envoyer valser l’ennemi sur un autre ou de découvrir son point faible. On peut faire du wall jump entre deux murs, s’accrocher aux plafonds, rebondir plusieurs fois au sol, foncer sur les façades, etc. Du jamais vu pour un Sonic.

Le gros problème du jeu, ce n’est pas tant ce foisonnement d’actions réalisables, mais bien plus l’ergonomie des mouvements. Prenez comme exemple la course, actionnable à l’aide d’une gâchette. Si on ne la presse pas, le personnage se contente de trottiner ; un choix déroutant vis-à-vis de la franchise et qui se montre vite ennuyant. Ajoutez à ce soucis des tutoriels trop sommaires (tous les mouvements ne sont pas présentés), et vous obtenez un titre qui en découragera plus d’un. Pourtant, il serait bien dommage de ne pas pousser l’expérience plus loin. Le level design est relativement bien réalisé, à défaut d’être marquant. La difficulté elle, est bien au rendez-vous, malgré un dosage pas toujours sans reproche. En omettant le premier monde, Sonic Lost World donnera même du challenge aux plus aguerris du genre, sans être délirant ou frustrant à l’image d’un die and retry. Ce jeu est réservé à ceux qui s’en donnent la peine, à ceux qui prennent le temps de dompter la bête, son gameplay exigeant et sa physique particulière.

À corps perdu
Il est impossible de tout assimiler dès une première run. On découvre de nouveaux mouvements au fur et à mesure qu’on essaie, meurt ou progresse dans le jeu. Toutefois, si le joueur parvient à maîtriser ce que le titre a à lui proposer, alors l’action s’en retrouve bien plus fluide et agréable. Ses plus gros défauts ? Avoir été estampillé Sonic alors qu’il n’empreinte à la franchise que son univers, mais aussi s’être adressé au mauvais public ; un public qui préfère une série basée sur sa vitesse davantage que son level design, quitte à finir un titre la main dans le slip. S’il est fortement déconseillé pour ceux et celles qui recherchent uniquement de la vitesse, il reste un bon jeu, bien trop sous-estimé à notre humble avis. Bien sûr, on déplorera quelques attaques ciblées foireuses, mais dans l’ensemble peu de bugs sont à déplorer ; un miracle au vu du passif de la franchise. Quant à la durée de vie du titre, elle est assez courte en ligne droite, tournant aux alentours des six heures.

Conclusion
Sans frôler le génie, Sonic Lost World se révèle être un platformer solide pour celui ou celle qui ne manque pas de persévérance. Malgré des explications trop sommaires et une ergonomie pas toujours judicieuse, le titre propose une aventure fort agréable. Avec une large palette de mouvements, ce nouveau Sonic se montre beaucoup plus subtil que les précédents, préférant la plate-forme velue à une vitesse débridée. Le challenge lui, est au rendez-vous, malgré des boss trop faciles et anecdotiques. Le titre possède également une direction artistique très inspirée, à l’instar de la bande-son. Mieux vaut oublier l’histoire et les Effroyables Six, pas assez intéressante ou trop sous-exploités. 7 sur 10.

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