Test Rétro – Pikmin

Donkey Kong, Super Mario, The Legend of Zelda, Star Fox, F-Zero. Il est fort probable qu’en ayant tâté un tant soit peu le média du jeu vidéo, le lecteur se soit déjà frotté à l’une de ces séries légendaires. Modèles de game design, autant accessibles que diablement profondes, toutes ont pour point commun leur unique créateur, Shigeru Miyamoto. Un visage indissociable de Nintendo, pour ne pas dire qu’il EST le petit artisan ; chaque franchise a su marquer au fer rouge des générations de fans, consolidant au passage la stabilité indiscutable de la marque nipponne dans la sphère vidéoludique. Certaines d’entres elles ne brillent plus autant qu’elles ne le faisaient à leur époque respective, mais toutes résonnent d’une manière symbolique, quasi-religieuse même, dans l’inconscient collectif. Pourtant, quand on demande à Shigeru ses franchises préférées, l’une d’elles ne répond à aucun des noms mentionnés plus tôt. Il ne s’agit autre que de Pikmin, l’une des dernières créations du Maître ; un bijou d’inventivité qui n’aura jamais eu droit aux ventes folles qu’il mérite, la faute peut-être à un genre de niche ou un univers trop curieux pour son époque. Toujours est-il que vingt ans plus tard, Pikmin premier du nom n’a ni vieilli, ni perdu l’adoration vouée de ses fans. À travers ce test, on vous explique pourquoi.

Olimar, mêle-toi de tes oignons !

Olimar, un petit astronaute solitaire, voyage paisiblement dans l’espace dans le cadre d’une mission de routine. Manque de chance s’il en est, le Dolphin – son vaisseau – croise le chemin d’un astéroïde, le percutant de plein fouet. Sa trajectoire déviée, l’engin s’écrase sur une petite planète inconnue. Brisé en trente morceaux, tous inévitablement éparpillés aux quatre coins du monde, le Dolphin ne peut reprendre sa route. C’est donc à Olimar et aux joueurs le contrôlant qu’incombera le devoir de mettre la main sur la trentaine d’éléments dispersés. Facile, non ? Pas vraiment, en fait, puisque au-delà de trente jours passés sur l’astre, notre petit héros tentera un décollage quoiqu’il arrive. La planète, habitée et hostile, est en effet irrespirable pour Olimar, lequel ne dispose que de maigres ressources pour survivre. Rapidement, il fera la rencontre des Pikmins, des petits êtres floraux doués d’intelligence et de compétences variées. Seuls, ils paraissent démunis, mais en nombre, rares sont les obstacles qui peuvent leur résister.

À l’aide de son sifflet, Olimar parviendra à nouer une relation de confiance et à leur donner des ordres, qu’il s’agisse de porter, de détruire, de construire ou d’attaquer. Tous les Pikmins ne sont pas égaux : leurs caractéristiques physiques dépendent essentiellement de leur couleur de peau – oui, on vous l’accorde, ça sonne très raciste dit comme ça – et il faudra donc les diriger avec sagesse et attention. Après avoir les avoir déterrés du sol, le joueur pourra souffler dans son instrument à vent pour tous les réunir ou, au contraire, les séparer en groupes de couleurs différentes. Les rouges sont les plus aptes à la guerre tout en étant résistants aux flammes ; les jaunes, plus légers, sont lançables plus haut et peuvent envoyer des cailloux explosifs ; les bleus enfin, ne se noient pas lorsqu’il faut traverser des zones immergées. En ramenant des fruits ou des cadavres d’insectes à leur maison-mère (un « oignon »), les Pikmins d’une couleur donnent naissance à de nouvelles pousses, qu’il faudra là encore déterrer pour agrandir ses troupes. Un maximum de cent unités sont ainsi semi-contrôlables sur le terrain, tandis que mille peuvent résider dans leur caserne.

On récolte ce que l’on sème

Semi-contrôlable, ça veut forcément dire qu’au delà d’un ordre donné, le Pikmin mènera sa petite vie comme il l’entend. S’il trouve du nectar non loin de là, il se jettera dessus comme un grand pour en avaler une gorgée ; une fleur pousse alors au-dessus de sa tête, le rendant plus rapide et plus fort au combat. Et lorsqu’il se dirige vers sa tâche, il empruntera le chemin qui lui parait le plus juste, quitte à traverser des zones mortelles pour lui, comme de l’eau ou des colonnes de feu. Il faudra donc garder un œil attentif sur ses petits protégés pour les garder en vie, notamment en fin de journée. Équivalent à près d’un quart d’heure de jeu actif, une journée se conclut logiquement par la tombée de la nuit. À ce moment là, Olimar doit faire en sorte de rameuter ses troupes à la base, sans quoi il les abandonnera à leur triste sort : être dévorés tout crus par l’impitoyable faune locale. Prenant généralement l’apparence d’insectes, mais aussi d’amphibiens voire de champignons, il sera possible de se débarrasser de ces nuisibles en abusant de leurs faiblesses.

Certains crachent des flammes, impliquant logiquement que les Pikmins rouges sont tout indiqués pour y faire face sans trop risquer leur peau, tandis que d’autres préfèrent attaquer depuis les airs (où les Pikmins jaunes peuvent se lancer plus facilement). Les défaire permettra de s’en servir de ressource pour invoquer de nouveaux Pikmins, à l’instar des palets colorés trouvables dans les fleurs ou à même le sol. Ramener un palet dont la couleur est similaire à l’oignon qui l’accueille permet d’invoquer deux fois plus d’unités, ce qui est loin d’être négligeable au vu des pertes régulières et des tâches demandant une main d’œuvre conséquente. En effet, que ce soit sur les ennemis de base ou sur les quelques boss parsemant l’aventure, de nombreux Pikmins perdront la vie sur le champs de bataille ; une perte qui affectera plus que de raison Olimar, mais également les joueurs, désormais attachés à ces petits êtres vraiment trop mignons (et braves !).

Nature peinture

La trentaine de morceaux du Dolphin pesant plus ou moins lourd, il faudra entre quelques unités et plusieurs dizaines de Pikmins pour les soulever et les mener au vaisseau spatial. Et plus le fragment est imposant, plus le temps d’acheminement sera important, demandant de planifier au mieux leur transport avant que le soleil ne se couche. Sur le chemin, Olimar et ses nouveaux amis devront détruire des murs (parfois à l’aide de pierres explosives), bâtir des ponts, ou encore pousser des obstacles. Autant de tâches qui pourront se réaliser en même temps, pour peu que l’on soit prêt à scinder son groupe et à perdre de vue ses Pikmins, au risque de les laisser se faire chasser. S’il n’est pas nécessaire de tout récupérer, le faire permettra d’obtenir un écran de fin différent, plus joyeux. Toutefois, ne pas arriver à mettre la main sur les éléments nécessaires résultera en un échec du décollage, obligeant Olimar à vivre seul parmi les Pikmins. Visuellement sublime, le jeu est époustouflant pour l’époque avec sa direction artistique lorgnant vers le réalisme et la puissance technologique de la GameCube. La planète inconnue, qui ressemble fortement à la Terre, propose des environnements verdoyants franchement réussis.

L’eau, les jeux de lumière ou encore les textures de la végétation, de la roche ou des débris du Dolphin, tout suinte de finition et de savoir-faire. De même, les animations d’Olimar et ses troupes, mais aussi et surtout des espèces ennemies, transpirent d’attention dans leur soucis du détail. C’est davantage du côté de la bande-son que les joueurs se retrouveront divisés : très en retrait, elle préfère se faire discrète pour laisser le champs libre au sound design, plus vrai que (la) nature. Cette dernière prend vie, pas seulement à travers l’image, mais également dans tout le pan sonore du jeu. Côté scénario, si le pitch de base reste succinct, il faut relever toute une élaboration du lore du soft, notamment dans le journal intime d’Olimar. L’ambiance instaurée y est assez pesante, faisant comprendre au joueur que les Pikmins ne sont pas de simples larbins et que leur vie, précieuse, est entre les mains d’un Olimar en situation de détresse, loin de son monde et de sa famille. Nintendo y décrit également les spécificités de chaque espèce vivantes, alliées comme ennemies.

Conclusion

Malgré sa courte durée de vie en ligne droite (huit heures), et plus encore pour le 100 % avec le mode challenge (dix heures), ainsi que son genre de niche et son univers aussi unique qu’étrange, Pikmin se révèle être un jeu fantastique. Qu’il s’agisse de son game design à la fois simple et intelligent, de son enrobage artistique soigné et de haute-volée, rien ne semble entraver la beauté hypnotisante de la quête d’Olimar. Pikmin ne sera peut-être jamais la franchise la plus adulée du constructeur nippon, il n’empêche qu’elle peut s’enorgueillir d’être une des plus racées de l’écurie du plombier. Véritable mini-révolution du genre STR, malin et ouvert au grand public, dur de trouver un quelconque défaut à ce premier jet, littéralement triomphant dans tous les compartiments ou presque. 8 sur 10.

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